Entrevue avec Dominique Valissant
Archives du Blog - Acteurs de la pétanque
Posté par Laupic   
20-10-2006

Petanque710 : Dominique, peux tu te présenter rapidement ?
Dominique Valissant : Je vais sur mes 50 ans, et donc derrière moi 40 ans de pétanque puisque j’ai commencé à jouer a l’âge de 10 ans chez mon oncle au début, après les repas puis peu de temps après, en prenant ma première licence. Je joue aujourd’hui à la Pétanque Laonnoise (ndlr Laon 02) où je suis également président.

Dominique Valissant
© Laupic

P710 : As-tu été bon tout de suite ou il t’a fallu plusieurs années ?
DV : Sans fausse modestie, je pense que dès le départ, j’avais des pré- dispositions.
J’ai obtenu mon premier titre départemental à 14 ans et ensuite tout s’est enchaîné.


P710 : Et ensuite, comment as tu progressé ?
DV : En jouant beaucoup, avec les meilleurs souvent, partout en France...


P710 : Ton poste préféré ?
DV : Milieu, même si je joue le plus souvent tireur, c’est le poste qui me convient le mieux, pointer, tirer… J’ai commencé au tir lorsque je jouais avec mon oncle puis milieu ensuite. Ca ne me dérange pas de taper une boule toutes les demi-heures. Je pense néanmoins, qu’il est plus difficile de pointer, après un long arrêt, c’est plus difficile de revenir au point.


P710 : Et tu préfères le tête à tête, doublette … ?
DV : Je préfère largement jouer en doublette, c’est là qu’il y a le moins de surprise. Le tête à tête est un jeu qui privilégie le point. Tu rates un tir et tu perds la mène. Nous jouons souvent entre nous au tête à tête à quatre boules et là, c’est le souvent le meilleur tireur qui gagne.


P710 : Ton matériel ?
DV : Je n’attache pas une grande importance au matériel mais je viens de tester des Obut Match + et elles me vont très bien. Ce qui est important c’est de choisir un diamètre adapté et des boules pas trop lourdes, en particulier pour les tireurs.


P710 : Aujourd’hui quel est ton palmarès ?
DV : J’ai participé à 42 championnats de France, gagné 10 nationaux, des Internationaux comme Mouscron, Genève, l’Open d’Australie et bien sûr j’ai été champion de France Tête à Tête en 1979 à Mulhouse. En ligue et départementaux, je pense avoir tout gagné depuis cadet, à la pétanque et à la provençale.


P710 : Tu joues encore beaucoup ?
DV : Non, plus beaucoup, 1 ou 2 concours par mois maximum, de préférence des beaux nationaux, avec mes amis. Cette année, je n’ai fait qu’un seul championnat départemental de pétanque.


P710 : Et tu t’entraînes ?
DV : Non, jamais, par manque de temps…


P710 : Parle-nous de ce fameux titre de champion de France TàT ?
DV : C’était donc à Mulhouse en 1979. Il faut déjà dire que j’avais récemment perdu en finale du championnat de France triplette FSGT, autant dire que j’étais motivé. Nous étions partis avec un bus de supporters ! L’aventure avait pourtant failli tourner court. Nous jouions en effet dans une vieille gare désaffectée et il y avait de vieux rails un peu partout. Dans une partie, j’étais mené 7/12 par terre, plus de boules en main, contre un certain Capitaine du Finistère. Il lui restait une boule pour finir, 2 mètres devant, 2 mètres derrière pour faire le point. Avant qu’il ne joue, tous mes supporters sont partis. Pour eux c’est clair, c’est fini et pour moi aussi d’ailleurs. Il crochète. 12/7. Il lance le but à 6.50 m. Je me dis que perdu pour perdu, il faut attaquer, résultat 3 palets allongés et 3 points.10/12. La mène d’après, 6.50 m, je pointe, il tire, touche mais je garde le point. Il pointe deux fois, je refais deux palets allongés : 13/12 ! Le gars en pleurait.

Quant à mes supporters, quand je les ai retrouvés à la buvette, ils m’ont un peu chambré car ils croyaient que j’avais perdu. Quand je leur ai dit qu’il fallait être en forme demain à 10h00 du matin pour reprendre le championnat… résultat, ils ont fait honneur au vin blanc alsacien et ont mis plus d'une journée et demi pour rentrer à Laon.

Dominique Valissant
© Laupic

P710 : Quels étaient les joueurs les plus connus alors ?
DV : Fazzino, Choupay, Mattéi... et surtout Francois Gouge des Pyrénées-Orientales qui avait déjà été champion de France...


P710 : Quelle saison ! Ta plus belle ?
DV : Oui, sans problème et pourtant, je reste amer sur cette saison… Cette année là les championnats du monde avaient lieu à Nevers. Normalement, la deuxième équipe de France était composée du champion de France tête à tête et des vainqueurs doublette, en l’occurrence cette année là, une formidable équipe de Gironde Wideman et Regouffre. Avec cette triplette, je pense que nous étions intouchables. Malheureusement, il y eût à cette époque un changement de président et comme celui-ci était élu par les comités et que l’Aisne pesait peu, ce fût un président du sud-ouest qui fût élu. Par le fait, il désigna une équipe de chez lui et cela nous passa sous le nez. Gros regret, c’est sûr...


P710 : Trouves-tu que la pétanque à évolué depuis 20 ou 30 ans ?
DV : Il est certain que le niveau de jeu s’est élevé avec plus de nations qui jouent, des stars, des équipes semi-professionnelles, etc. Néanmoins la pétanque reste la pétanque, un sport ouvert à tous, où des joueurs moyens peuvent côtoyer des champions de monde. Plus de médiatisation aussi mais pas encore assez. Il y aura toujours le petit pourcentage d’embrouilleurs, de gars qui boivent, on ne peut pas l’empêcher.


P710 : Comment peut-on faire évoluer la pétanque aujourd’hui, arrêter la chute des licenciés…
DV : Il y a sans doute beaucoup à faire mais il y a beaucoup d’idées qui viennent de partout et qu’il faudrait prendre en compte. Un exemple : les zones en Coupe De France. On nous oblige à aller jouer à 300 km de chez nous. Tout cela coûte très cher à un club, il faut des joueurs disponibles. Je suis partisan pour qu’on réduise ces zones géographiques. Pour les championnats de club, je trouve qu’aujourd’hui la formule n’est pas très motivante .Il faut créer des divisions .C’est à l’étude actuellement.

La chute des licenciés ? Je ne vois pas trop ce qu’on peut faire, les jeunes ont aujourd’hui tellement de possibilités de loisirs, plus internet, les ordinateurs…

Peut-être faudrait-il plus de passionnés comme Dominique Usai qui financent des clubs, montent de belles équipes, valorisent la pétanque en regroupant des grands champions. Plus de professionnalisme , comme au foot ou d’autres sports. Le problème est que ces personnes sont plus critiquées qu’autre chose…


P710 : En 40 ans de pétanque, tu as dû rencontrer une multitude de joueurs .Quels sont aujourd’hui ceux que tu apprécies le plus ?
DV : Il y en forcément beaucoup. Parmi ceux que je connais le mieux, Milei, Loy un garçon vraiment charmant et quel joueur ! Mon ami Claudie Weibel aussi, c’est celui que je préfère tant sur un terrain que dans la vie.

Chez les jeunes, Dylan Rocher est un joueur extraordinaire et un garçon très bien. J’ai du respect pour la famille Rocher, qui inculque des bonnes valeurs de travail et de respect à leurs enfants. Vraiment une famille bien.


P710 : Et Foyot ?
DV : Ah Marco… c’est mon ami depuis des années. Un type qui a fait beaucoup pour la pétanque. Je l’ai connu il y a très longtemps sur Paris. Il est controversé comme beaucoup de champions mais c’est un type qui sait « vendre » la pétanque et se vendre lui-même. On le jalouse parce qu’il fait partie des meilleurs et que ces moindres faits et gestes sont épiés. Il n’a pas le droit à l’erreur lui… c’est dommage. C’est quand même un des plus beaux palmarès de la pétanque, celui qu’on court chercher pour commenter une partie, celui qu’on veut avoir dans son National.


P710 : Un mauvais souvenir de cette saison ?
DV : Pas spécialement, je joue aujourd’hui beaucoup pour le plaisir et je fais les concours que j’aime comme Millau qui est une vraie fête. Nous avons organisé cette année la finale de la coupe de France à Laon avec les 8 meilleures équipes Nationales et des joueurs comme Quintais, Suchaud, Lacroix, Foyot, Milei, Loy, etc. tout le monde était d’accord pour dire que l’organisation et le spectacle avait été à la hauteur.

3000 spectateurs sur 3 jours, des belles parties, une organisation sans failles, un beau vainqueur… J’aurais aimé qu’on nous renvoie l’ascenseur et qu’on nous accepte parmi les 32 villes candidates pour le trophée des Villes. C’est mon regret pour cette année, je suis un peu amer, nos efforts n’ont pas été récompensés.

Dominique Valissant
© Laupic

P710 : Et pour finir, un bon souvenir ?
DV : Un grand souvenir a bien sûr été mon voyage en Australie. Malgré les 20 heures d’avion, j’avais répondu favorablement à l’invitation de M. Linares, représentant Obut en Australie où j’ai passé trois semaines. Outre le fait d’avoir remporté ce trophée, j’ai vraiment découvert un autre monde : des joueurs qui font mille kilomètres en avion pour faire un concours, des Haitiens, des Mauriciens… 150 km entre deux exhibitions dans Sydney, etc. ça ma beaucoup changé. J’envisage d’y retourner l’année prochaine, peut-être avec Bruno Leboursicaud.

P710 : Dominique, un grand merci à toi ! Maintenant nous allons prendre les boules, et rejoindre le boulodrome de Laon pour un petit concours !

Discussion dans le forum Petanque710 : Entrevue avec Dominique Valissant.

 
< Précédent