Les gladiateurs de la pétanque...
Archives du Blog - Dossiers Petanque710
Posté par Sacha   
19-03-2008

Mise à mort de la pétanque ! Parodie de cirque !

Un titre et un sous-titre volontairement provocateurs, vous l'aurez compris, pour un sujet à facettes multiples, souvent abordé dans les commentaires mais que j'ai voulu traiter un peu comme s'il y avait une filiation directe entre les jeux du cirque et la pétanque-spectacle d'aujourd'hui. Bien sûr on relèvera nombre d'exagérations dans cette «analyse» sans prétention, mais il s'agit bien entendu d'une caricature correspondant à une vision un peu pessimiste de la pétanque d'aujourd'hui.

Dans une société morose, où «le petit peuple» a peu d'accès à la culture par manque de moyen et d'éducation, où les plus riches ont un besoin de pouvoir exacerbé, un exutoire passionnel et ludique s'avère souvent indispensable. Petit à petit, grâce à ses qualités propres, mais grandement aidé par l'hypermédiatisation de notre époque, le sport et en particulier la pétanque s'est imposée comme un important exutoire, rejoignant les Jeux du Cirque de la Rome Antique.

Voici, en plusieurs points, certains simplistes, quelques éléments qui rapprochent le Jeu de Boules des Jeux du Cirque :

1) Le lieu : le cadre d'honneur, le terrain, la place... c'est l'arène ! Des spectateurs, une entrée théâtrale par le couloir qui mène au lieu du «combat», la tribune présidentielle où se regroupent les pontes et leurs invités.

2) La tenue : chaque équipe à son uniforme, et chaque «combattant» ses signes distinctifs ! Autrefois, il n'y avait aucun uniforme, aussi bien dans les compétitions officielles que dans les autres concours. Aujourd'hui, on accentue la starisation des joueurs, bientôt à côté du nom du club, il y aura le nom du joueur !

3) La mise en condition : la présentation des joueurs est un élément également important, en particulier pour «chauffer» le public. Dans la compétition majeure (Le Championnat du monde) un hymne est joué : à quand les trompettes romaines? L'arrivée des joueurs sur le terrain, la présentation orale très orientée par le speaker de service avec les silences indispensables pour laisser les supporteurs s'exprimer, tout cela est aujourd'hui habilement étudié et programmé. On peut ajouter l'échauffement public des joueurs qui pourrait très bien s'effectuer entièrement ailleurs (salle spécialisée, terrain annexe). A quand le palmarès de chacun et le nombre de victimes exécutées?

4) Le public : il se divise en plusieurs catégories. Les curieux, qui viennent au terrain comme on va au spectacle, sans passion débordante, avec comme principaux centres d'intérêt la qualité du jeu, l'aspect esthétique ou «artistique» ou plus simplement pour l'ambiance, le bain de foule... Et puis il y a les supporteurs purs et durs, virulents, la plupart du temps peu objectifs qui sifflent ou injurient l'arbitre ou les joueurs adverses à la moindre boule manquée, au moindre point perdu ou à la tactique qui n'a pas réussie (après coup c'est facile et on a l'impression d'être plus intelligent que ces Champions ! )... Attention, ils sont très versatiles : si leur équipe les déçoit, ils n'hésiteront pas à conspuer leurs propres joueurs, ou même plus... Leur propre vie semble en jeu à chaque match, et l'adversaire est un ennemi à abattre à tout prix. Je crie «Pouce !», ni baissé, ni levé : la pétanque est un sport pas la guerre !

5) Le vocabulaire : là on touche au sublime. Les commentaires, aussi bien ceux de la télé que ceux du café du commerce (ou de certains forums ou blogs !), sont particulièrement guerriers : tir meurtrier, se battre jusqu'au bout, vaincre ou mourir, arme défensive, tactique offensive, partir la fleur au fusil ! J'en passe et des biens pires. La guerre est déclarée ! Tout est permis, même l'intolérable : propos racistes (celui-ci est du midi ! ou c'est un gitan !) ou vengeurs (descendre l'adversaire, lui foutre une raclée)...

6) Le mécénat : il a fait son apparition, pour quelques clubs et pour quelques joueurs... Chez les Romains, les «munera» privés étaient déjà... légion !

7) Le recrutement : les joueurs sont des marchandises qu'on achète, souvent au-delà des frontières dans le but de gagner certes, mais aussi de faire du profit si l'achat s'avère rentable. On entend souvent : le sport-pétanque donne un but, un espoir aux jeunes défavorisés. En effet c'est dans les classes populaires qu'on recrute la plupart des Fazzino-Foyot-Quintais... Mais pour quelques élus, combien restent ou retournent dans l'anonymat et dans la pauvreté, sans formation, sans culture, parce qu'ils ont tout donné à la pétanque pendant leur jeunesse sacrifiant leur job, leur famille, etc. Certains gladiateurs gagnaient leur liberté et pas mal d'argent déjà, mais combien mouraient dans l'arène? Et nombreux étaient recrutés dans les peuplades conquises et asservies (colonies?)... Bien sûr, l'espoir est important, mais il conviendrait de bien mieux prévenir les échecs et donner des bases indispensables, avant tout, à tous nos apprentis boulistes... Des efforts sont faits dans ce sens par certains clubs, mais c'est l'arbre qui cache la forêt !

8) Tout est fait pour quelques joueurs, les autres, la masse des autres est de plus en plus là pour... regarder ! Les Empereurs Romains savaient bien, également, utiliser les «munus» pour attirer la sympathie de la plèbe... Bon, depuis on a vu pire ! Bling-bling...

9) Les conséquences : elles sont communes et multiples. «Donnez leur du pain et des Jeux»... Evidemment, pour beaucoup, supporter une équipe permet de mieux supporter la vie, d'oublier les tracas quotidiens... Tant mieux ! Mais occulter presque tout le reste, ce qui est souvent les cas des fanatiques, me fait penser à une citation de Marx : «La religion est l'opium du peuple». Je dirai ici: «La pétanque est la drogue d'une partie du peuple». Certains pardonnent moins une injustice d'arbitrage qu'une injustice sociale ou gouvernementale qu'ils ne perçoivent même pas... D'autres en arrivent à s'insulter, voire à se battre pour les qualités d'une boule qu'ils n'ont jamais eue, pour critiquer un Fazzino ou un Foyot qu'ils ne connaissent pas, pour juger un arbitre, sans avoir une idée claire du réglement... Il n'y a qu'à suivre l'actualité et lire certains coms sur certains blogs ou sites !

En conclusion, je précise que j'aime la pétanque, la vraie, les joueuses, joueurs et tous les supporters, tant qu'ils sont capables de relativiser son importance dans la «vraie vie», de faire preuve d'humour, de tolérance, d'autodérision et de capacité à échanger des idées et des sentiments, et pas seulement sur la pétanque... La passion, oui, mais pas aveugle ! En somme, faire preuve d'humanisme...

Ce qui a motivé cet article, c'est la lecture quelques posts sur des sites et blogs : la qualité de certains (humour, objectivité même relative, autodérision...) et aussi la vulgarité gratuite et totalement inacceptable de certains autres.

Discuter de ce sujet dans le Forum : Les gladiateurs de la pétanque...

 
< Précédent   Suivant >